Revue Algérienne des Sciences du Langage
Volume 10, Numéro 2, Pages 192-205
2025-12-27
Auteurs : Elmeriah Amel .
La toponymie urbaine de Mostaganem constitue un terrain d’étude privilégié pour saisir la complexité d’un espace façonné par une succession de dominations, de mémoires et de réécritures symboliques. À travers l’analyse des microtoponymes, cet article met en évidence la stratification historique et linguistique qui caractérise la ville : un socle autochtone résistant, une strate coloniale partiellement effacée, et une couche postindépendance marquée par la volonté de réaffirmer une identité nationale. L’enquête s’appuie sur une méthodologie mixte : dépouillement d’archives, relevés de terrain, analyse de plans cadastraux et entretiens semi-directifs menés auprès des habitants et des acteurs locaux. Cette approche croisée révèle que la carte officielle ne recouvre jamais totalement la carte vécue, et que l’habitant demeure un acteur clé de la transmission ou de la transformation des désignations. Les résultats montrent que trois logiques principales coexistent : la conservation des noms anciens, la substitution par renomination politique, et la création de nouvelles appellations accompagnant l’expansion urbaine. Le tableau illustratif des microtoponymes souligne la pluralité des usages et la vitalité de la mémoire orale. Ce travail interroge aussi la dimension patrimoniale et propose des perspectives de valorisation par l’éducation, la médiation culturelle et les outils numériques participatifs. En mobilisant l’onomastique, la sociolinguistique et la géographie urbaine, l’étude met en lumière la microtoponymie comme un langage vivant, porteur de mémoire et d’identité collective, et comme un levier de cohésion citoyenne. À l’heure où les villes évoluent rapidement, Mostaganem offre un exemple fécond pour penser la relation entre noms de lieux, histoire partagée et projet territorial Urban toponymy in Mostaganem offers a privileged field of study to grasp the complexity of a space shaped by successive dominations, memories and symbolic rewritings. Through the analysis of microtoponyms, this paper highlights the historical and linguistic stratification of the city: a resilient autochthonous base, a partially erased colonial layer, and a post-independence stratum marked by the will to reaffirm a national identity. The investigation relies on a mixed methodology: archival research, field surveys, cadastral map analysis and semi-structured interviews with residents and local stakeholders. This cross-approach reveals that the official map never fully covers the lived map, and that inhabitants remain key actors in the transmission or transformation of place names. The results show that three main logics coexist: the conservation of ancient names, the substitution through political renaming, and the creation of new appellations accompanying urban expansion. The illustrative table of microtoponyms underlines the plurality of uses and the vitality of oral memory. This study also questions the heritage dimension and proposes perspectives for enhancement through education, cultural mediation and participatory digital tools. By mobilizing onomastics, sociolinguistics and urban geography, the research sheds light on microtoponymy as a living language, bearer of collective memory and identity, and as a lever for civic cohesion. As cities rapidly evolve, Mostaganem provides a fertile example for rethinking the relationship between place names, shared history and territorial project
microtoponymie, Mostaganem, mémoire urbaine, renomination, patrimoine ; microtoponymy, Mostaganem, urban memory, renaming, heritage
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