النص
Volume 12, Numéro 1, Pages 479-500
2026-06-11
Auteurs : Ochi Khaled .
Cet article propose une problématique plus structurante que la seule question de la traduction dans l’enseignement/apprentissage du français en Tunisie : celle du transfert cognitif et discursif entre les langues. L’hypothèse centrale est que la faiblesse des productions écrites en français ne s’explique pas uniquement par des lacunes grammaticales ou lexicales, mais par un défaut de didactisation du passage entre la langue de conceptualisation – l’arabe standard ou dialectal – et la langue de textualisation scolaire – le français. Autrement dit, l’école tunisienne demande aux élèves d’écrire en français sans leur enseigner comment transférer, organiser, reformuler et reconfigurer en français des contenus d’abord pensés dans un autre répertoire linguistique. Pour éprouver cette hypothèse, l’étude mobilise un corpus réel et non déclaratif composé de documents officiels tunisiens (Programmes de français de l’enseignement secondaire, document du professeur pour la 9e année, Tunisian National Framework of Reference for Languages – TNFRL, 2022), ainsi qu’un corpus certificatif de onze sujets officiels de français du baccalauréat tunisien (2022–2025). L’analyse croise lecture discursive, codage curriculaire, quantification des formats de tâches et interprétation socio-didactique. Les résultats mettent au jour un angle mort majeur : si la Tunisie reconnaît désormais, à travers le TNFRL, la médiation, le plurilinguisme et des compétences stratégiques élargies, le curriculum de français et surtout le baccalauréat continuent à fonctionner sur un modèle radicalement monolingue où l’étude de texte, la langue et l’essai dominent sans aucune tâche de transfert guidé, de médiation interlinguistique ou de textualisation contrastive. Le système tunisien présente ainsi un paradoxe : les élèves vivent dans un espace scolaire, social et cognitif multilingue, mais sont évalués comme si la pensée et l’écriture pouvaient se déployer dans une seule langue, sans passages ni opérations de reconfiguration. En réponse, l’article propose un modèle didactique inédit, T.R.A.N.S.F.E.R.T. (Thématiser, Raisonner, Abstraire, Neutraliser, Structurer, Formuler, Évaluer, Réécrire, Transférer), destiné à faire du passage interlinguistique non plus un bricolage clandestin, mais une compétence enseignée, graduée et évaluée. L’enjeu n’est donc pas de remettre la traduction au centre pour elle-même, mais de refonder l’écriture scolaire en français à partir de l’activité cognitive réelle des élèves tunisiens.
Ecriture scolaire ; translanguaging médiation ; curriculum ; plurilinguisme, français. ; transfert interlinguistique ; translanguaging ; médiation ; curriculum ; plurilinguisme ; français
Sai Zohra
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pages 291-306.
Hadj Amor Habib
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pages 346-354.
Hajji Abdelouahed
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pages 246-249.