مجلة التاريخ المتوسطي
Volume 7, Numéro 2, Pages 104-121
2025-12-28

Réseaux Sociaux Et Mémoire Collective De L’histoire En Algérie : Dialectique Entre Réappropriation Citoyenne Et Fragmentation Des Récits

Auteurs : Makhloufi Abdelouahab . Boudhane Yamine .

Résumé

Notre recherche étudie d’une manière profonde le rôle des réseaux sociaux numériques RSN en particulier Facebook et Twitter dans la construction et la fragmentation de la mémoire collective en Algérie. Nous prenons en considération dans notre cas un exemple d’une date très symbolique en Algérie, il s’agit en l’occurrence de la commémoration du 1er novembre 1954, date marquant le déclenchement de la guerre de libération nationale. L’Algérie, après avoir obtenu son indépendance à la suite de 132 ans de domination coloniale et plus de sept années d’une guerre (1954-1962) particulièrement violente, n’échappe pas à ce travail mémoriel. (Karim Salhi, 2024, P83). Pour ce faire, cette recherche mobilise deux notions importantes : la mémoire collective et les réseaux sociaux numériques. La mémoire collective algérienne a été médiatisée par les canaux traditionnels, l’émergence du numérique à travers les différentes applications, logiciels, plateformes tels que Twitter, Facebook, Instagram, etc transforme cette pratique et offre de nouvelles pratiques avec de nouveaux espaces d’expression et de rappropriation citoyenne. Cette nouvelle configuration des nouveaux espaces interactifs favorise une grande diversité de récits et qui ne sont pas forcément en convergence vers une mémoire unifiée. Cela entraine d’une certaine manière la fragmentation discursive. Dans cette recherche, nous nous focalisons sur la manière dont les réseaux sociaux, en particulier Twitter/X, participent à la construction et à la réactualisation de la mémoire collective de l’histoire en Algérie. Notre analyse porte sur le hashtag #1erNovembre1954, lié à la commémoration du déclenchement de la guerre de libération nationale. De point de vue méthodologique, nous procédons par une analyse de contenu thématique et statistique d’un corpus de 400 tweets extraits du hashtag #1erNovembre1954 sur Twitter, couvrant la période commémorative du 31 octobre au 2 novembre pendant les deux années 2023 et 2024 en utilisant le logiciel en ligne TAGS (voir tableau en annexe 1). Nous opérons une phase de nettoyage et de structuration des données (suppression des doublons, des retweets automatiques et des tweets sans contenu textuel) via le même logiciel TAGS. Après avoir effectué cette opération, nous avons pu récupérer 40 twwets comme échantillon final classé et codé selon plusieurs catégories thématiques : exaltation patriotique, hommage aux martyrs, références historiques, politisation contemporaine, et hybridation mémorielle avec d’autres luttes (notamment la question palestinienne). Les résultats montrent que la dimension patriotique et l’hommage aux martyrs dominent largement les usages du hashtag, représentant près de 55 % du corpus. Les tweets insistant sur les dimensions historiques (événements du déclenchement, figures du FLN, guerre d’indépendance) constituent environ 25 % du corpus, tandis que la politisation contemporaine et les rapprochements avec d’autres causes émergent à hauteur de 20 %. Ces données révèlent une double dynamique : d’une part, une réappropriation citoyenne de la mémoire collective, qui réaffirme l’importance du 1er novembre comme symbole national partagé ; d’autre part, une fragmentation des récits où coexistent mémoires officielles, mémoires personnelles et récits transnationaux. Ainsi, notre recherche confirme que les réseaux sociaux ne se limitent pas à reproduire la mémoire collective instituée, mais participent activement à sa reconfiguration, tout en accentuant la diversité discursive et les tensions mémorielles.

Mots clés

Réseaux sociaux ; Mémoire collective ; Algérie ; #1erNovembre1954