STRATEGIA
Volume 12, Numéro 2, Pages 08-32
2025-12-31

éthique Des Usages De L’intelligence Artificielle : Une Perspective Algérienne Vers Une Pédagogie De Gouvernance Humaniste Et Inclusive Du Numérique

Auteurs : Abdellatif Mami Naouel .

Résumé

L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle transforme aujourd’hui en profondeur les sociétés qui y recourent, en particulier dans les domaines du savoir, des interactions sociales et de la gouvernance. Dans ce contexte, cette contribution examine les cadres éthiques mobilisés pour comprendre les systèmes intelligents, en mettant l’accent sur une approche encore peu explorée : l’éthique des usages. Cette dernière s’intéresse aux pratiques réelles, aux conditions institutionnelles et aux représentations sociales qui façonnent l’appropriation, ou la contestation des technologies, dépassant ainsi les approches strictement normatives ou technicistes. L’analyse s’inscrit dans les dynamiques que connaît actuellement l’Algérie, portées par la Stratégie nationale pour l’IA (2020–2030), la transition vers l’Université 4.0 et les orientations du Conseil National de l’Éthique des Sciences. L’intégration de dispositifs tels que les agents conversationnels, l’évaluation automatisée ou les environnements d’apprentissage intelligents ne modifie pas seulement les outils pédagogiques : elle redessine les rapports entre acteurs, introduit de nouvelles formes de médiation algorithmique et interroge la place accordée à l’autonomie humaine dans les processus éducatifs. Plusieurs enjeux émergent de cette transformation. Le premier concerne la transparence et la capacité des institutions à comprendre et maîtriser les logiques internes des modèles d’IA qu’elles déploient. Le second touche à l’équité sociale, car ces technologies ont le potentiel de réduire les inégalités, mais aussi de les accentuer selon la qualité des données, des infrastructures ou des compétences numériques disponibles. Un troisième enjeu, essentiel, relève de la souveraineté cognitive : la nécessité de concevoir des usages alignés sur les priorités nationales, et non sur des standards importés sans contextualisation. L’article insiste enfin sur les risques d’une confiance excessive accordée à la machine au détriment du discernement humain. L’IA n’est ni neutre ni autonome ; elle reflète des choix, des biais et des limites inhérentes aux données qui l’alimentent. Il plaide pour une gouvernance numérique humaniste, inclusive et ancrée dans les réalités socioculturelles algériennes. Une telle approche pourrait permettre l’émergence d’un modèle de transition numérique propre à l’Algérie, conciliant innovation responsable, protection des valeurs nationales et mise de l’IA au service du bien commun.

Mots clés

intelligence artificielle ; éthique des usages ; pédagogie ; gouvernance numérique ; souveraineté cognitive ; Algérie ; stratégie numérique ; université 4.0.