Paradigmes
Volume 9, Numéro 4, Pages 233-243
2026-11-01
Auteurs : Guedouah Sid Ali . Aatta Ahmed .
Cet article examine les glissements sémantiques entre temps et durée dans la langue générale, qui tend à réifier et spatialiser le temporel à travers des métaphores quotidiennes. Cette tendance produit des représentations ambiguës, voire fallacieuses lorsqu'elles sont transposées littéralement dans un discours scientifique ou philosophique. L'étude s'appuie sur un cadre théorique pluridisciplinaire croisant Henri Bergson, Émile Benveniste et Étienne Klein pour analyser un corpus d'expressions ordinaires et d'extraits d’œuvres majeures. L'analyse révèle que le langage courant ne commet pas de simples erreurs logiques, mais reconstruit le monde pour rendre l’expérience temporelle assimilable par l'esprit humain. Un double paradoxe émerge : d'abord, le sophisme du contenant et du contenu confond le rythme des événements avec une modification intrinsèque du flux physique. Ensuite, la sémantisation qualitative transforme les unités quantitatives de mesure en réceptacles mémoriels et subjectifs capables de se dilater ou de se comprimer. Le lexique s'organise autour d'une tension constante entre la flèche linéaire du temps et le retour rassurant du cycle. En conclusion, l'article invite à tracer une frontière herméneutique stricte entre deux ordres de discours. Les métaphores temporelles sont linguistiquement légitimes dans l’ordre du vécu, de la poésie et de l’anthropologie pour exprimer notre rapport au monde. En revanche, elles deviennent des obstacles épistémologiques majeurs dans la pensée scientifique. Celle-ci doit impérativement déconstruire ces pièges du langage afin d'appréhender le temps dans sa vérité mathématique et phénoménale.
Sémantique ; Temps ; Durée ; Métaphore ; Epistémologie
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