Auteurs : Mechmeche Salima . Zouranen Tahar .
Dans À quoi rêvent les loups, Yasmina Khadra compose une partition romanesque saturée de souffrances, de cris et de silences, où le malheur n’est pas seulement représenté mais orchestré. Partant de la problématique de savoir comment la dramaturgie sonore du roman construit une mémoire collective du malheur, cet article mobilise l’écoute ethnocritique selon la répartition sonographique de Jean Marie Privat. L’analyse, centrée sur trois axes – la partition sémiotique du malheur, la cosmophonie et les intersignes, et l’oralité sauvage –, montre que Khadra transforme la douleur intime en polyphonie collective façonnée par le passé colonial, la guerre civile et l’effacement des repères. Les résultats mettent en évidence : une architecture acoustique liant phénomènes naturels et sons humains ; l’intégration du paysage comme acteur dramatique ; une parole fragmentée qui résiste à l’effacement et porte une mémoire traumatique. Ainsi, chez Khadra, le malheur ne se lit pas seulement : il s’écoute, comme un cri ininterrompu traversant corps, villes et générations, ouvrant la voie à une lecture postcoloniale où l’écoute devient un acte critique, éthique et politique. Sur les cinq pôles distingués par Privat, notre analyse en retient trois comme fil conducteur — la partition sémiotique, la cosmophonie et l’oralité sauvage —, les deux autres n’étant pas absents pour autant : les intersignes sont traités comme une modalité interne à la cosmophonie (partie III), tandis que le désordre symbolique, plutôt que de constituer un axe séparé, traverse transversalement les trois autres pôles, dont il désigne la conséquence commune sur les repères du sujet.
Yasmina Khadra, malheur, écoute ethnocritique, sonographie, postcolonialité