Cahiers de Recherches en Sciences du Langage
Auteurs : Sanogo Amidou .
Cet article analyse les postures énonciatives dans Oui mon commandant ! d’Amadou Hampâté Bâ en les envisageant comme des modalités discursives de déconstruction et de contestation de l’hégémonie coloniale. À partir des approches de l’énonciation, de la polyphonie et de l’ethos, notamment des travaux de Rabatel, Benveniste, Kerbrat-Orecchioni et Maingueneau, l’étude examine les procédés linguistiques par lesquels le sujet énonçant construit sa position face au pouvoir colonial. L’analyse porte notamment sur les marques de personne, les déictiques, les modalités, le discours rapporté ainsi que sur les phénomènes de coénonciation, de surénonciation et de sous-énonciation. Elle montre que ces différentes postures ne constituent pas de simples choix formels, mais participent à une stratégie discursive de gestion de la parole en contexte de domination. La sous-énonciation traduit ainsi une forme de retrait énonciatif et de prudence, révélatrice des contraintes imposées par l’ordre colonial et des stratégies de survie qu’elles suscitent. À l’inverse, la surénonciation, perceptible notamment dans l’ironie, la satire et certaines pratiques de nomination, devient un instrument de résistance symbolique permettant de déplacer les rapports de force. La coénonciation, quant à elle, favorise l’expression d’une parole partagée et d’une vérité construite dans le dialogue, notamment à travers la relation entre Hampâté Bâ et Tierno Bokar. L’étude met ainsi en évidence la dimension profondément politique, identitaire et éthique de l’écriture mémorielle, où la parole devient un espace de reconfiguration du sujet et de reconquête symbolique de la souveraineté.
énonciation ; polyphonie ; ethos ; résistance ; colonialisme